Dimanche 23 mai 2010 7 23 /05 /Mai /2010 22:47
 Bruno déposa le magasine qu'il feuilletait et se leva pour accueillir la jeune femme. Souriante et charmante, elle ne se fit aucunement prier pour entrer.
 — Je ne suis pas en retard, j'espère?
 — Margaux n'est pas encore prête, répondit-il, elle est en train de coucher les enfants! Et le vôtre, comment ça va? Il s’appelle Benjamin, c’est bien ça?
 — Il va très bien, il est déjà au lit, vous savez... Je le fais garder par une lycéenne, Charles a une réunion ce soir!
 — Votre mari est très occupé?
 — Ne m'en parlez pas, il n'a plus une minute à lui, le pauvre, ça devient com-plè-te-ment infernal!

 En nouvelle habituée de la maison, Christine se laissa choir dans le canapé du salon. Bruno n'eut guère d'efforts à faire pour entretenir la conversation, tellement la jeune femme était bavarde. Il l'écouta. En même temps, il admira sa grande classe et son grand chic. Elle était vraiment belle: robe bleue pâle, merveilleusement accordée à sa tignasse blonde, hauts talons blancs. Une vraie créature de rêve...

  Margaux entra. Les deux femmes éclatèrent de rire et s'embrassèrent.
 — Mais, ma chérie, que fais-tu? Tu n'es pas encore prête? s'étonna Christine.
 — Excuse-moi, mais je n'ai pas arrêté! Avec les enfants, je ne sais pas ce que je fais de mes journées! Et puis ce problème de jardinier!
 — Quel problème de jardinier?
 — C'est sans importance, je t'expliquerai, viens avec moi pendant que je finis de me préparer!

  Bruno suivit les deux femmes jusqu'à la porte de la salle de bain:
 — Bon... Et bien, dit-il, un peu décontenancé, je vais dire bonsoir aux enfants!
 — C'est ça, mon grand, va, dit Margaux en refermant vite la porte après l'avoir entrebâillée juste assez pour lui donner un petit baiser du bout des lèvres.

 En redescendant des chambres, quand il repassa devant la porte de la salle de bain, Bruno sourit d'entendre les rires sonores de sa femme et de sa nouvelle amie. Que pouvaient-elles bien se raconter pour être si joyeuses? Dans le salon, son magazine entre les mains, il songea à la difficulté de communiquer entre hommes et femmes. Il lui paraissait évident que les femmes vivaient entre elles une complicité inaccessible aux hommes, en tout cas, à l'homme qu'il était.

 La sonnerie du téléphone retentit. Madame Piveteau, une voisine, tenait à parler personnellement à Madame Leroux. Bruno alla frapper à la porte de la salle de bain.
 — Chérie, c’est Madame Piveteau. Elle demande à te parler!

 Margaux apparut dans l’entrebâillement de la porte, en slip et en soutien-gorge, bigoudis chauffants sur le crâne. 
 — M’enfin, chéri, tu vois bien que je ne suis pas prête, dis-lui que je suis absente!
 — C'est que... Je lui ai dit...
 — Ah! Cette emmerdeuse, tout ça pour une histoire de géraniums, j'en suis sûre! Dis-lui que je ne suis pas disponible en ce moment, que je la rappellerai demain!

 Bruno referma la porte et retourna docilement faire sa commission avant de se rasseoir. Avachi dans le canapé, il pensa que Margaux affectionnait tout particulièrement sa salle de bain qu’elle avait conçue elle-même comme un véritable petit boudoir. Afin d’agrandir l’espace, elle avait joué sur le contraste des couleurs: blanc pour le sol et la partie carrelée des murs, turquoise pour la partie haute des murs et du plafond. Les lavabos 1930 contribuaient à donner un petit air rétro à l’endroit, ainsi que les appliques tulipe, la commode en pin et le joyeux petit porte-serviettes en bois. Mais la sonnerie du téléphone interrompit de nouveau ses pensées:
 — Allô! Oui. Oui. Vous allez bien? Oui. Je vous la passe. D’accord. Oui. Mais, elle est dans la salle de bain, attendez un petit instant!

 Encore une fois, Bruno frappa à la porte. De nouveau, la voix de Margaux s'exaspéra:
 — Ah! Non! Ce n'est pas possible, qui est-ce encore?
 — C'est ta mère, elle veut absolument te parler!
 — Tu n'as qu'à lui dire que je ne suis pas là! Tu vois bien que je suis pressée!
 — Elle dit que c'est très urgent!

 Margaux ouvrit et, torse nu, bas noirs, porte-jarretelles noir et string assorti, bondit jusqu'au téléphone. Médusé, Bruno la détailla de la tête aux pieds, sans dire un seul mot.
 — Allô! Maman?

 L'effet était surprenant. Jamais Bruno n'avait vu son épouse en pareille tenue. Il est vrai qu’elle était jolie, mince, bien faite, avec des seins menus mais charmants, et que le noir s'accordait parfaitement à sa crinière brune. Bruno n'en croyait pas ses yeux.
 — D'accord Maman, c'est entendu... Oui, je te rappellerai! A bientôt! Je vous embrasse tous les deux!

 Margaux reposa le combiné.
 — Ils ne peuvent pas venir demain midi! Ca tombe à pic, vu que je ne sais pas trop à quelle heure je vais rentrer! Et puis, je n’avais pas tellement envie de faire la cuisine!
 — Dis donc, tu es d'un sexy, comme ça...
 — Je sors avec Christine, répondit-elle, pivoine, c'est une idée qu'on a eue toutes les deux! Ca te plaît?
 — Bien sûr! Mais, ça fait des années que je rêve de te voir porter ce genre de dessous et que tu t'y refuses. Il suffit que Christine te...
 — M'enfin, chéri, murmura-t-elle. 

 D’abord, elle fit la moue, pleurnicha presque, puis crescendo: 
 — Tu ne vas pas tout de même pas me faire une scène pour ça!
 — Quand même, je trouve ça un peu fort!
 — De quoi te plains-tu, tu en profites!

 Comme pour se faire pardonner, la jeune épouse tendit ses lèvres au mari, mais, aimantée par la salle de bain, ne put s’empêcher d’y retourner. 

 Quelques minutes plus tard, les deux amies se pavanaient dans le salon, aussi ravissantes l'une que l'autre. Cette sortie dont Margaux n'avait pas voulu dire à son mari la destination, ni la finalité, décidément, les mettait en gaieté. Elles s'admiraient, se complimentaient mutuellement, riaient comme deux gamines.

 Bruno les accompagna sur le perron. Là, il embrassa sa femme, serra la main de Christine et, nostalgique, les regarda trottiner dans le parc. Le gravier crissait sous leurs hauts-talons. Il leva les yeux et vit les premières étoiles qui apparaissaient dans le ciel déjà sombre. La nuit allait être belle et chaude. Le portail de fer grinça. Il leur fit un geste d'au revoir avec la main, puis écouta vrombir le moteur de l'auto de Christine. Lentement, il referma la porte d'entrée.

 A peine avait-il repris place dans son fauteuil et retrouvé son magasine que, soudain, retentit le carillon de la porte. C'était Margaux qui revenait, et qui, tel un coup de vent, décrochait ses clefs, s'excusant de les avoir oubliées.
 — J'ai pensé que sinon, j'allais te réveiller!

 Déjà, elle venait de repasser le seuil, mais Bruno la retint pour l'embrasser une nouvelle fois.
 — Bonne soirée, gros nounours, marmonna-t-elle, pressée et désireuse de fuir, je t'aime, tu sais!

 Ils s'enlacèrent, mais Margaux, tel un oiseau furtif, s'échappait déjà. Bruno la rattrapa sur le perron et, à défaut de pouvoir de nouveau la serrer contre lui, empoigna un sein, à la volée.
 — Mais, dit-il, tout surpris... Tu ne portes pas de soutien-gorge?
 — Non, répondit Margaux, gênée.
 — Pour quelle raison? 
 — Parce que j'en ai pas envie!
 — Décidément, c’est nouveau: porte-jarretelles, string, soutien-gorge envolé... Où vas-tu?
 — Ca ne te regarde pas! Tu n’es pas ma mère!

  Bruno, malgré sa tête de chien battu, se reprit:
 — Excuse-moi, je suis un monstre!
 — Je te comprends, chéri, mais tu ne me préfères pas ainsi?

 En même temps qu'elle murmurait ces mots, Margaux prit la main de Bruno, la posa sur sa poitrine:
 — C'est mieux, n'est-ce pas? C'est plus doux... Et puis, regarde, dit-elle, en soulevant sa jupe.

 Effectivement, elle était très belle avec son petit string, son porte-jarretelles et ses bas noirs.
 — Ooh, ce que tu m'excites, miaula Bruno, caressant d'une main l'intérieur des cuisses, près du sexe, tandis que l'autre palpait les nichons sous le tissu.
 — Je suis excitante, n'est-ce pas? Je te plais au moins? Bon… C’est pas le tout, il faut que j’y aille, Christine m'attend!

 A regret, il la laissa s'échapper, la regarda disparaître dans l’obscurité dévorante du parc.

 Le programme à la télévision n'était guère folichon, mais Bruno, en fait, n'avait envie de rien. Il se sentait nostalgique et triste. Il eut envie d’entendre la belle voix mélancolique de Billie Holiday. Sans attendre, il déposa un CD dans le lecteur de sa chaîne et alla se limaçonner dans un des fauteuils de la terrasse, un verre de gin à la main. Tout ému, il écouta la voix de Lady Day. Elle était sensuelle, aérienne, envoûtante, elle flottait dans la nuit tiède. Il adorait les chanteuses noires, les chanteuses de jazz ou de blues, mais plus particulièrement Billie, dont la voix déchirante et le destin tragique le fascinaient. En regardant la lune qui se tenait immobile et muette au-dessus du jardin, il se souvint d’avoir lu, qu’après la guerre, la chanteuse avait été totalement dépendante de l’héroïne et qu’elle avait vécu l’enfer de la cure de désintoxication, de l’emprisonnement, du procès, jusqu’à sa résurrection, dans les années cinquante, où de nouveau, elle remporta de véritables triomphes sur les scènes du monde entier, avec Count Basie, Charly Parker, Sarah Vaughan et surtout son grand ami de toujours, le fantastique saxophoniste Lester Young. En écoutant "Body and soul", Bruno ne put s’empêcher de revoir le beau visage souriant et charmeur de Billie, magiquement empreint d’une tristesse incommensurable qu’il ressentait, ce soir, égale à la sienne. 

 Quand, vers minuit, le disque s’acheva, au lieu de se coucher, Bruno décida d'aller se promener à pied dans le parc. 

 La nuit était chaude. Il flâna un long moment parmi les allées mal entretenues, pensant qu'effectivement, l'état général de la végétation rendait urgent de résoudre ce problème de jardinier. Margaux avait mille fois raison, il fallait l’intervention d’un spécialiste, car pensa-t-il tristement, rien n’est finalement plus difficile que l’art des jardins, art qui consiste à recomposer le vaste univers à l’image de son monde intérieur. Mais à quoi bon? Pourquoi faire d’un macrocosme insaisissable et démesuré un microcosme parfait et compréhensible? Dans quel but cette folie? 

 Bruno ne trouva pas de réponse, jugeant le projet saugrenu. Sans doute pour conforter son sentiment que réduire le cosmos à quelques mètres carrés de jardin était une vaine et vaniteuse idée bourgeoise, une phrase tomba subitement dans sa tête, une phrase sans appel qu’il attribua aussitôt à Alain, le philosophe : "La nature ne fait pas de jardin". 

 C’est vrai, ne cessa-t-il de se répéter, la nature ne fait pas de jardin, alors pourquoi en faire un? Mais aussi, pourquoi ne pas en faire, pourquoi ne pas s’émerveiller devant l’art de ces fous qui, dessinant, défrichant, semant, plantant, arrosant, taillant, désherbant, ne cessaient de célébrer l’équilibre toujours précaire de la volonté de l’homme face aux forces aveugles de la nature? Que de souplesse il fallait, que de patience, de constance et de soins il faudrait à ce jardinier qui viendrait, à ce héros éternel qui saurait apprivoiser cette terre ensauvagée, et ferait ressusciter ce luxuriant mais malheureux enclos de l’effacement entropique! On pourrait alors y respirer la volupté de l’air tissé des feuilles et des fruits des pommiers, des poiriers, des mirabelliers, des cognassiers, des abricotiers, des framboisiers, des figuiers, des jujubiers, des cerisiers, des pruniers... Plus rien n’y serait brouillé. Les troncs y seraient nettement séparés, les allées bien tracées et bien nettes, libérées de leurs mauvaises herbes, les carrés bien délimités, rationnellement plantés de carottes, de haricots, de petits pois, de fèves, de tomates, de poireaux, d’oignons tous très bien alignés... On échapperait à l’absurdité du monde, du béton tout proche, de la ville idiote, on pourrait goûter la douceur d’un vrai repos, s’abandonner aux senteurs exhalées, aux pépiements des oiseaux, aux vibrations de leurs frissons d’ailes… 

 Bruno décida que, dès lundi matin, il irait parler de ce jardinier au Président, il argumenterait, il obtiendrait son accord. Il se voyait déjà, annonçant la réponse positive à Margaux qui le tarabustait depuis si longtemps pour qu’il exauçât son désir. Puis, repensant à elle et à ses nouveaux dessous, il s'en émut de plus belle, recommença à se faire tout un cinéma dans sa tête, pensa que, désormais, peut-être, Margaux se donnerait plus facilement à lui, qu'elle accepterait davantage ses fantaisies érotiques, surtout dans ce nouveau jardin, dans ce beau jardin, dans ce paradis, parmi ces belles allées fleuries, toutes ces collections d’essences odoriférantes, et il se félicita au passage de cette nouvelle amitié avec Christine. Car c'était elle, à l’évidence, qui l’influençait en ce sens. Dès le début, il n'avait pas été sans remarquer les tenues, souvent très coquines, de cette nouvelle amie. Oui, il était maintenant d’accord pour le jardin et le jardinier, et lundi, c’était décidé, il irait parler au Président…

 En marchant, l'idée lui vint de surprendre le retour de Margaux du haut du petit pavillon qui bordait un des côtés de l'entrée du parc. Il ignorait pourquoi il désirait le faire, mais l'idée s'imposa impérieusement. 

 Comme il n'avait pas la clef sur lui, il dût retourner la chercher dans ses appartements. Quand il revint, c'est un peu tendu qu'il pénétra dans le pavillon. Il gravit le vieil escalier de bois qui conduisait à l'étage, et là, sans mettre la lumière, décida d'attendre, assis dans un vieux Voltaire poussiéreux.

 D'abord, il se demanda comment il justifierait à Margaux de n'être pas dans son lit à cette heure. Mais, ce problème lui parut sans importance, car elle-même prenait bien des libertés qu'elle se refusait à justifier. Par exemple, ce soir, ou plutôt, cette nuit, où était-elle? Que faisait-elle? Pourquoi était-elle partie avec tout ce raffinement érotique? Qui lui prouvait qu'elle et son amie n'étaient pas en train de draguer dans une soirée plus ou moins mondaine, de se taper des jeunots ou de riches vieux messieurs? D'ailleurs, peut-être qu'à cette heure, Margaux était en train de se faire sauter sur les canapés d'une somptueuse demeure richement décorée de marbres et d’ors?

 Non. Margaux aimait bien l’amour, mais sans plus. Elle n'appréciait pas particulièrement la pénétration, et il lui fallait beaucoup de mise en condition et de préliminaires pour qu'elle l'acceptât vraiment. Bien davantage, elle préférait les caresses et la masturbation, et ces pensées rassurèrent Bruno. Non, Margaux n'était sûrement pas invitée à une partouze... A moins, qu'il ne s'agisse d'une partouze très spéciale, exhibitionniste ou sado-maso... Bruno passa en revue toutes ces idées, les triturant dans tous les sens, jusqu'au moment où il consulta sa montre. Etonné, il déchiffra: deux heures du matin...

 Il sortit son derrière du fauteuil et se dirigea vers l'une des fenêtres. La rue, mal éclairée par des lampadaires trop distants, était déserte. Pas âme qui vive, pas même une chouette ou un hibou. Le silence absolu. Seule, la lune lui tenait compagnie. Il repensa à l’existence dramatique de Billie, à sa jeunesse marquée par la pauvreté et la solitude, à son adolescence passée dans un bordel de Baltimore, à ses débuts de danseuse, à la maison de correction, à la drogue, à l’alcool, à ses échecs amoureux, avec, en toile de fond, le racisme et la perversion. Bruno commençait à se sentir fatigué, l'envie de dormir devenait harcelante. Sans trop savoir pourquoi, vraisemblablement pour passer le temps, il se débraguetta, commença à se masturber calmement, doucement, en chassant Billie de son esprit et en y faisant entrer Margaux avec son petit cul très excitant, bien mis en valeur par le string et le porte-jarretelles. En fantasme, il enleva le string, ou plutôt non, ce fut elle qui l'enleva. Il la vit noctambuler avec lui, comme ça, sans string et sans soutien-gorge, dans des lieux flous, sans consistance, avec la voix de Billie. Seuls, finalement, la voix de Billie et le corps de Margaux existaient, parce que, réunis, ça l'excitait.

 Il aurait pu se laisser aller à une belle éjaculation, mais préféra s’abandonner à ses douces sensations, à ce flou, à cette inconsistance, à ce néant. Alors, il continua, sans trop savoir jusqu'où cela le mènerait. Soudain, un ronronnement de moteur l'arrêta net. La queue en batterie, il se leva d'un bond, alla se poster derrière la fenêtre. C'était bien la petite Ford de Christine, immobile, moteur coupé.

 Grâce au clair de lune, Bruno distinguait parfaitement ses occupantes qui conversaient amicalement. Christine faisait une longue explication à Margaux qui l'écoutait calmement, ne l'interrompant qu'en de courts instants, sans doute pour donner son point de vue. Puis, elles cessèrent. Bruno pensa qu'elles allaient ouvrir les portières et descendre, mais au lieu de cela (ce ne fut pas sa moindre surprise), Christine prit Margaux dans ses bras. Intimement enlacées toutes les deux, elles s'embrassèrent voluptueusement sur la bouche. Ce baiser dura une éternité, fut un véritable choc pour Bruno qui s'attendait à tout, sauf à ça.

 Une portière s'ouvrit, celle de la passagère. Une jambe en sortit, celle de Margaux, qui posa le pied sur le rebord du trottoir. Margaux allait s'extirper de cette caisse à savons, mais une force invisible la retenait. Bruno comprit que cette force n’était autre que Christine. Il devina son bras sur les épaules de son épouse, vit nettement sa main retrousser sa jupe jusque dans le haut de ses cuisses.
 — Incroyable, murmura-t-il, apercevant très distinctement la toison bouclée de sa femme, elle n'a même plus son string, elle l'a retiré... Evidemment... Comme ça, c'est plus pratique pour se caresser!

 La sourde colère de Bruno, observateur aussi muet que la lune, s'évanouit, faisant rapidement place à une intense curiosité. C'était la première fois, même s'il avait déjà vu pareille scène au cinéma ou dans des revues, qu'il assistait réellement à des caresses entre femmes. En plus, chose incroyable, l'une d'elles était sa propre épouse! Il était sidéré. 

 Le spectacle ne manqua pas de saveur. D'où il se trouvait, il pouvait parfaitement observer la longue jambe de Margaux, gainée de noir, sa peau blanche, tout autour de son sexe, qui resplendissait grâce à l’intense clarté lunaire. Fasciné, il regarda la main de Christine qui passait et repassait entre les cuisses de son épouse. Quand elle cessa, il vit cette même main ouvrir le chemisier de la robe, se saisir des seins qu’elle tripota à poignée. In-croy-able, pensa-t-il. 

 Bruno comprit que si l'intention de Margaux avait été, voici quelques minutes, de descendre de la voiture et de faire ses adieux à son amie, cette volonté était maintenant fort compromise. Visiblement excitée, elle venait de remettre sa jambe dans la Ford et, tournée vers sa compagne, l'embrassait goulûment à son tour, une main glissée dans son corsage. Dans le même temps, avec une extrême application, Christine poursuivait ses caresses. Pour cette raison, Margaux ne tarda pas à délaisser la poitrine bien cachée de Christine, préférant sans doute rendre à l’identique. Elle retroussa la jupe de sa compagne, et notre homme, éplapourdi une seconde fois, put encore constater l'absence de voiles ce qui, immédiatement lui permit d’entrer dans les secrets de Christine. 

 Dès cet instant, Bruno ne put s'empêcher d'imaginer quel genre de soirée les deux amies avaient dû passer ensemble, pour qu'à l’issue elles se comportassent de la sorte. D'autant qu'elles avaient l'air parfaitement complices et qu’elles arboraient une forme éblouissante. Tout comme Margaux ne s'était effarouchée quand Christine lui avait fourré sa main entre les cuisses, Christine ne s'effarouchait pas davantage quand Margaux lui rendait la pareille...

 Pour Bruno, la curiosité céda le pas à l'émerveillement, et notre homme eut le sentiment bizarre de vivre un rêve inédit. Il était effectivement des plus insolites de les voir toutes les deux, cuisses écartées, chacune accueillant, avec plaisir et passion, la main de l'autre, laquelle n'était, à en croire leurs visages parfaitement détendus, que douceur et félicité... Notre homme, en épicurien convaincu, jugea donc opportun de redonner de la vigueur à son membre, ce à quoi il procéda sur-le-champ.

   Il se branla, se faisant le voyeur invisible des amours saphiques et secrètes de sa chère et tendre épouse et, quand il éjacula, celle-ci et son amie n'avaient certainement pas fini de se prodiguer leurs charmantes gougnoteries, aussi resta-t-il planté derrière sa fenêtre pour assister à leurs ébats jusqu'à leur fin. Quand il les vit jouir dans l'étroit habitacle de la Ford minuscule, il songea que ce gigantesque orgasme ne devait pas être le premier de la soirée. Il était quasiment impossible qu'elles n'eussent point déjà fricoté bien avant. L’instant d’après, regardant sa femme sortir de la voiture et remettre son très joli petit string, il songea qu'elle avait une santé insoupçonnée qu'il ne lui connaissait pas, et il se réjouit de la surprise qu’il lui ferait, demain, en lui annonçant la bonne nouvelle du jardinier.  

Le jardin secret (PDF)
Par Ophélie Conan - Publié dans : Mœurs étranges des filles d'Hécate - Communauté : Ruche de beaux mots
Ecrire un commentaire - Voir les 10 commentaires
Retour à l'accueil

Présentation

Créer un Blog

Recherche

Le temps qui passe...

Juin 2012
L M M J V S D
        1 2 3
4 5 6 7 8 9 10
11 12 13 14 15 16 17
18 19 20 21 22 23 24
25 26 27 28 29 30  
<< < > >>

Liens

Derniers Commentaires

Créer un blog gratuit sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus - Articles les plus commentés