Mardi 13 octobre 2009
Ce matin, j’eus la surprise de recevoir un coup de téléphone du Docteur B., soucieux de prendre de mes nouvelles.
Si je n’eus aucun mal à reconnaître sa voix, je fus en revanche quelque peu étonnée de son timbre grave, inhabituel. Je ne pus m’empêcher de penser à ma propre manie de donner à ma voix des
inflexions plus veloutées chaque fois que j’ai au bout du fil une personne à qui je suis désireuse de plaire.
Son appel me prit de court dans l’étrange carte du tendre que ce mystérieux médecin esquisse depuis deux mois. Il n’est pas dénué de charme, il a de jolis yeux bleus quoique d’un azur très
commun, une calvitie précoce mais bien ancrée où l’on devine encore des restes de blondeur.
Le Docteur B. est un jeune médecin pour femmes apprécié dans notre microcosme azuréen. Son cabinet est à l’image de sa clientèle: féminine. L’austérité des salles d’attente aux chaises
inconfortables prend chez lui l’apparence d’un salon arrangé par une décoratrice d’intérieur: canapé en cuir grenat, TSF Jazz en fond sonore, des toiles numérotées contemporaines sur les murs,
une guirlande lumineuse dans l’entrée, des hortensias, des bougies allumées dans chaque pièce. La patientèle ne peut qu’apprécier, et je ne fais pas exception.
Une petite pièce attenante à la salle d’auscultation permet à la patiente de se dévêtir en toute intimité et des lingettes sont à sa disposition pour "se rafraîchir". Cette délicatesse
faite à la patiente, autant qu’au médecin, me trouble à chaque fois que je rends visite à B. Car, dans quelle autre circonstance, pourrais-je décemment caresser mes chairs les plus intimes du
bout des doigts, à l’abri d’une lingette de coton parfumée au lilas, avant de les offrir au regard d’un homme, fut-il médecin?
B. est d’une prévenance étonnante avec la pudeur des femmes. Il n’embarrasse jamais sa patiente d’un regard lorsqu’elle sort du petit vestiaire dénudée, car il se concentre alors sur les
réglages à effectuer sur l’appareil d’échographie.
Pour faire bonne mesure, j’oppose toujours quelques raideurs de convenances lorsqu’il s’introduit. L’examen de mes organes n’est pas supposé faire naître en moi une volupté quelconque,
aussi je m’applique à contracter volontairement les muscles de mon vagin pour mimer un embarras factice.
B. est le seul qui ne se soit pas fait prendre ou qui soit désabusé de ce manège que je ne dois sans doute pas être la seule à perpétuer. Dès notre premier rendez-vous, il m’a ainsi
gratifié d’un "Laissez-vous aller, cela ne me gêne pas et je vous verrai mieux." qui me laissa stupéfaite et un peu honteuse. Sa main libre se posa sur mon tibia, tandis que l’autre orientait la
sonde, et en prononçant ces paroles je la sentis descendre imperceptiblement jusqu’à ma cheville.
Je souris à cette indiscrétion et j’en conclus que le Docteur B aimait les femmes, les jambes des femmes, nues, hâlées par l’été et je jetais un coup d’œil discret à son entrejambe qui me
confirma que j’étais loin de laisser indifférent.
Ce n’était pas, de mon point de vue, une infidélité que d’avoir causé une érection à mon gynécologue par ma seule présence sur ses étriers de consultation. N’ayant pas recherché cette
situation, je n’aurais su m’en sentir un tant soit peu coupable. Je gardais donc pour moi l’amusement qu’il me causait et m’offrais plus volontiers à l’examen.
C’est sans doute lors de ma dernière consultation que notre relation prit un tour plus ambiguë. Ce jour-là, j’avais soigneusement choisi l’une de mes plus jolies robes, une pièce de
créateur en soie crème, douce au regard comme au toucher. Ce jour-là, comme par habitude, je ne manquai pas de me raidir au moment de l’introduction de la sonde, je fis sans doute prendre à mon
visage une expression de légère douleur factice, tout en jetant un regard à l’écran qui me permettait de suivre la progression de l’examen, lorsque je sentis la main de B., celle-là même qui
manipulait la sonde, glisser à la tête de celle-ci jusqu’à l’endroit où elle était introduite dans ma chair, et ouvrir largement sa paume en la posant doucement sur mes fesses tout en maintenant
la sonde entre le pouce et l’index.
La chaleur de cette main inattendue m’emplit d’un froid paradoxal, celui du frisson de volupté qui me fit tressaillir en durcissant la pointe de mes seins.
"Détendez-vous. Je ne vais pas vous faire mal." suggéra B. en appuyant un peu plus sa paume.
J’eus alors l’impression que l’intérieur de mon corps n’était plus qu’une vaste masse liquide qui s’écoulait sur la sonde du jeune médecin. C’était sans doute indigne de jouir à un tel
moment, si banal que celui d’une consultation de gynécologie, dans la vie d’une femme. Mais résignée, je préférais me laisser aller à l’instant et je fermais les yeux quelques secondes.
"Tout va bien?", interrogea B. avec un sourire dans la voix.
Je réussis à peine à articuler ma réponse. La réponse, en vérité, c’est mon corps qui la donna en tressaillant sur la sonde, ce qui n’eut pour autre résultat que de l’enfoncer plus
profondément en moi.
A ce moment là, le Docteur B. retira la sonde et prononça en souriant la fin de l’examen. "J’en ai fini avec la sonde, mais je vais devoir faire un toucher.", annonça-t-il d’une voix
neutre.
Je redoutai alors le moment où il risquerait de s’apercevoir de ma béance et de l’humidité de mes chairs, et priai pour qu’il la confonde avec le gel dont il s’était servi pour lubrifier la
sonde.
J’essayai donc pendant qu’il s’affairait à enfiler une paire de gants à me contracter au maximum tout en doutant du succès de cette manœuvre.
Lorsqu’il s’enfonça pour une deuxième fois en moi, gantée cette fois-ci, je ne pus retenir un soupir et ma tête s’inclina ostensiblement en arrière sans que je puisse rien contrôler.
L’espace d’une fraction de seconde, je ne sentais rien, je n’entendais rien. Les seules images qui me venaient à l’esprit étaient celles de scènes érotiques qui avaient marqué mon
imagination ou d’ébats passés avec mes amants. La volupté était trop forte pour que puisse subsister en moi le trop fragile credo de la fidélité; je me laissai donc aller à cet abandon où je ne
savais plus dissimuler ma jouissance.
La voix de B., loin de me ramener à la réalité, paraissait répondre à mes envies les plus enfouies comme dans un rêve.
"Vous permettez que je retire mes gants?" furent les seuls mots que j’entendis distinctement.
Je ne sais si je parvins à articuler une réponse, mais je m’efforçai d’esquisser un signe de tête en assentiment.
Ce sont donc ses doigts tièdes et fins qui m’emplirent sans plus être gantés. L’examen avait pris fin, d’un commun accord, même si je n’osais pas encore lever mes yeux vers lui.
Je sentais en lui comme de la timidité, une indécision. Pensait-il à sa femme? A leurs enfants?
Ses doigts ne bougeaient pas mais ils paraissaient rivés à l’intérieur de mon ventre. J’aimais la gêne qu’ils y introduisaient. Sans que mon bassin ait besoin de se mouvoir, je sentais les
contractions de ma vulve accélérer et monter en puissance sur cette intrusion digitale.
"Prenez votre temps, je ne bouge pas." La voix de B. me guidait dans les méandres d’un orgasme inattendu.
A cet instant, il me revint à l’esprit qu’il me faudrait contenir cri et gémissement à cause de la proximité du secrétariat médical et de la salle d’attente.
Ce que je vivais à cet instant n’était ni l’infidélité d’un accouplement illégitime, ni un abus de position dominante, c’était un exercice de masturbation consentie avec l’aide et sous le
regard d’autrui.
Je sentais les yeux de B. sur moi, mais incapable de soutenir leur intensité, je fermais les miens. Que vit-il à cet instant? Le visage d’une jeune femme crispée de jouissance contenue? Les
plis d’une robe de satin que l’une de mes mains relevait avec violence comme pour mieux lui offrir ma nudité imberbe? Ses doigts fautifs et dégantés qui complaisamment occupait mon sexe
liquéfié?
B. aurait pu toucher mes seins de sa main libre. Il aurait pu aussi faire glisser son pantalon à ses genoux et m’emplir de son sexe sans que je lui oppose aucune résistance, mais il se
contenta de me regarder jouir sur sa main.
C’est cela que j’ai toujours inspiré aux hommes: la curiosité de la jouissance féminine.
C’est cela que j’aimerais inspirer à O.: la curiosité de sa propre jouissance.
Aurore Aurora
(A suivre) (Début
de l'histoire)
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